Ce que l’on sait et ce que l’on devine autour des débats au P.S. à propos de Georges Frêche confirme l’extrême difficulté des socialistes français à franchir une bonne fois pour toute un cap décisif, celui de la priorité donnée, avant toute autre considération, au respect de quelques principes simples en harmonie avec les valeurs censés être défendues par ce parti.
Car il y a une évidence basique: le désaveu du président sortant de la Région Languedoc-Roussillon ne serait sans doute pas envisagé une seconde s’il était soutenu par le Front National; il aurait dû, en revanche, être officialisé depuis bien longtemps rue de Solférino. Précisément parce qu’il importe, sur des cas aussi limpides, de n’admettre aucune confusion dans l’attitude des uns et des autres.
La position adoptée par Martine Aubry constitue évidemment une bonne nouvelle et, après tout, faire ce choix à quelques semaines du scrutin comporte des risques effaçant un peu l’impression laissée par la difficulté à y parvenir. Hélas, dans le même temps, certains comportements montrent la persistance de réactions “poisseuses” au sein des instances dirigeantes du parti. Oui, “poisseuses”. Engluées dans des réflexes bas de gamme, honteux, médiocres.
Il semble en effet que la motion présentée par la Première secrétaire au Bureau national n’ait pas été adoptée à l’unanimité. Je note en particulier deux abstentions, celles de François Rebsamen et Vincent Peillon. Ah M. Peillon, éloquent pourfendeur des journalistes de l’audiovisuel public, homme de conviction, dénonciateur enflammé des dérives de notre démocratie… Si on en croit “Le Monde”, son vote aurait été dicté par l’importance des adhérents de son courant dans la région considérée. A priori, son courant devrait encore, même s’ils se déchirent sur la question, être celui de Ségolène Royal et de… François Rebsamen que l’on retrouve par ce biais. L’occasion de constater, d’ailleurs, que, sauf erreur, l’ancienne candidate à la présidence de la République est demeurée assez discrète dans l’histoire. Et je ne parle pas des voix qui se sont carrément opposées à la motion! Je ne dispose pas des noms…

Une tête “assez catholique” pour Freche, ou…?
Le P.S. est un parti de gouvernement mais, de longue date, aussi, un parti de notables. Cette dernière tendance a été renforcée à la fois par la décentralisation et par les victoires enregistrées, depuis une dizaine d’années, dans les grandes villes puis dans une majorité de Conseils régionaux et généraux. L’effet “local” et l’effet “écuries présidentielles” constituent deux entraves sévères à un véritable renouveau socialiste. Car ils se nourrissent tous deux du clientélisme le plus primaire.
Au fond, un raisonnement assez simple devrait permettre de sortir de l’impasse. Il s’appuie sur une des causes fondamentales, mille fois répétées, du désamour de l’opinion publique face aux élus.
En fait, le citoyen, échaudé, est moins à la recherche du programme miracle qu’en attente du retour d’une morale politique assumée. C’est cela la “foule sentimentale” chantée par Alain Souchon.
Le premier parti qui le comprendra, au-delà d’éphémères engouements ou des pièges de la personnalisation à outrance, s’ancrera durablement comme une alternative enviable (et pas seulement “crédible”).
Alors, face à un tel enjeu, il faut bien sûr accepter allègrement l’idée de perdre la Région Languedoc-Roussillon.


















