L’OUVERTURE “A LA SARKOZY”: CHARASSE REJOINDRA-T-IL LE GANG DES MERCENAIRES?

Cette période d’activité en demi-régime du blog est propice à traiter de quelques sujet légers. Ainsi la pratique dite “d’ouverture” de Sarkozy Nicolas.

Esquisse de bilan:
- Bernard Kouchner: passé à droite pour réaliser son rêve de devenir ministre des Affaires Etrangères. Avec la gauche il n’a été “que” ministre de la Santé ce qui, pour un médecin, on le comprend, ne saurait être satisfaisant. Désormais, un certain Levitte pilote de l’Elysée la diplomatie française. Kouchner, lui, vient à la télé compter les morts en Haïti et en Afghanistan.
- Eric Besson: connaît, au mieux, ses deux dernières années de vie politique à haut niveau. Fusible efficace de la droite xénophobe et sécuritaire mais aujourd’hui cramé.
- Fadela Amara: ni pute, ni soumise, ni vraiment ministre. Sort de sa boîte deux ou trois fois par an pour proférer une invective plus ou moins (plutôt moins que plus, en général) en relation avec ses fonctions. Sourire triste et budget en berne. Les banlieues passent leur tour.
- Martin Hirsh: fin politique, en déplacement officiel au Pérou quand se déroule un séminaire gouvernemental sur l’identité nationale. On ne saurait, en soi, critiquer l’instauration du RSA. De l’avenir en cas d’alternance.
- Frédéric Mitterrand: neveu de son oncle.

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“Demi d’ouverture”… c’est déjà ça…
(mais irlandais)

Maintenant on nous annonce, peut-être la nomination de Michel Charasse au Conseil constitutionnel. Vulgaire dans l’expression comme dans la pensée, l’homme, il faudra s’en souvenir le moment venu, est exclu du PS depuis deux ans et a appelé, en 2007, à voter pour l’actuel Président. “Ouverture”, vous dites?

Tout ceci prêterait à sourire si ces manoeuvres ne contribuaient (avec bien des choses plus graves, ok) à dévaloriser encore un peu plus l’idée même de politique. Oui, en son temps, François Mitterrand n’a pas fait mieux (ah, le fort rigoureux Olivier Stirn… comme il nous manque…). Une fois que l’on a dit ça, on peut s’accorder la part du rêve, celui dans lequel on ne s’interdit pas de penser à des passerelles entre familles politiques (je suis de ceux qui estiment, de ce point de vue, que la gauche ne devrait pas avoir honte d’imaginer discuter avec le Modem en tant que représentant de ce que l’on appelait, jadis, les “modérés”) mais en se fondant sur des trucs aussi archaïques qu’une base programmatique et la définition de valeurs fondamentales communes.

Utopique? Dépassé? Je ne crois pas. Les débauchages de mercenaires évoqués plus haut ne servent pratiquement à rien, tactiquement ou stratégiquement. Dès lors, il ne doit pas être si difficile de s’en passer, non?

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Candidat d’ouverture idéal
(pour jouer aux cartes avec Charasse)




GEORGES FRECHE ET LES VIEUX DEMONS DU P.S. (Avec l’infernal M. Peillon…)

Ce que l’on sait et ce que l’on devine autour des débats au P.S. à propos de Georges Frêche confirme l’extrême difficulté des socialistes français à franchir une bonne fois pour toute un cap décisif, celui de la priorité donnée, avant toute autre considération, au respect de quelques principes simples en harmonie avec les valeurs censés être défendues par ce parti.

Car il y a une évidence basique: le désaveu du président sortant de la Région Languedoc-Roussillon ne serait sans doute pas envisagé une seconde s’il était soutenu par le Front National; il aurait dû, en revanche, être officialisé depuis bien longtemps rue de Solférino. Précisément parce qu’il importe, sur des cas aussi limpides, de n’admettre aucune confusion dans l’attitude des uns et des autres.

La position adoptée par Martine Aubry constitue évidemment une bonne nouvelle et, après tout, faire ce choix à quelques semaines du scrutin comporte des risques effaçant un peu l’impression laissée par la difficulté à y parvenir. Hélas, dans le même temps, certains comportements montrent la persistance de réactions “poisseuses” au sein des instances dirigeantes du parti. Oui, “poisseuses”. Engluées dans des réflexes bas de gamme, honteux, médiocres.

Il semble en effet que la motion présentée par la Première secrétaire au Bureau national n’ait pas été adoptée à l’unanimité. Je note en particulier deux abstentions, celles de François Rebsamen et Vincent Peillon. Ah M. Peillon, éloquent pourfendeur des journalistes de l’audiovisuel public, homme de conviction, dénonciateur enflammé des dérives de notre démocratie… Si on en croit “Le Monde”, son vote aurait été dicté par l’importance des adhérents de son courant dans la région considérée. A priori, son courant devrait encore, même s’ils se déchirent sur la question, être celui de Ségolène Royal et de… François Rebsamen que l’on retrouve par ce biais. L’occasion de constater, d’ailleurs, que, sauf erreur, l’ancienne candidate à la présidence de la République est demeurée assez discrète dans l’histoire. Et je ne parle pas des voix qui se sont carrément opposées à la motion! Je ne dispose pas des noms…

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Une tête “assez catholique” pour Freche, ou…?

Le P.S. est un parti de gouvernement mais, de longue date, aussi, un parti de notables. Cette dernière tendance a été renforcée à la fois par la décentralisation et par les victoires enregistrées, depuis une dizaine d’années, dans les grandes villes puis dans une majorité de Conseils régionaux et généraux. L’effet “local” et l’effet “écuries présidentielles” constituent deux entraves sévères à un véritable renouveau socialiste. Car ils se nourrissent tous deux du clientélisme le plus primaire.

Au fond, un raisonnement assez simple devrait permettre de sortir de l’impasse. Il s’appuie sur une des causes fondamentales, mille fois répétées, du désamour de l’opinion publique face aux élus.
En fait, le citoyen, échaudé, est moins à la recherche du programme miracle qu’en attente du retour d’une morale politique assumée. C’est cela la “foule sentimentale” chantée par Alain Souchon.
Le premier parti qui le comprendra, au-delà d’éphémères engouements ou des pièges de la personnalisation à outrance, s’ancrera durablement comme une alternative enviable (et pas seulement “crédible”).

Alors, face à un tel enjeu, il faut bien sûr accepter allègrement l’idée de perdre la Région Languedoc-Roussillon.

BLOG EN SEMI-JACHERE

Les fidèles visiteurs de cette page auront sans doute remarqué (j’espère…) un ralentissement de la production éditoriale.

Ma santé morale, physique ou intellectuelle n’est pas en cause.

Il se trouve que je vais, sous peu, redevenir un travailleur “en région” comme on dit désormais puisque le joli mot de “province” semble banni.

Ce changement entraîne des conséquences de ce genre:

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Ces petites tâches matérielles contrarient donc le rythme de mes élucubrations.

Mais ce relâchement, qui n’est pas total, n’aura qu’un temps (au cas ou l’inquiétude s’emparerait de vous…).

Ne nous perdons pas en route!

DELINQUANCES, DELINQUANCE (3): PATRICK DEVEDJIAN ET ALAIN MADELIN L’ONT ECHAPPE BELLE…

On lira certainement avec intérêt l’article ci-dessous.

Naturellement, c’est l’identité des “jeunes dévoyés” en question qui donnera matière à réflexion sachant qu’ils ont eu sans doute à se féliciter qu’en 1965 la justice ait eu quelques égards pour les dérives adolescentes.

Et, dans la foulée, on notera également que cela ne les a empêchés, ni de devenir ministres (”à tout pêché miséricorde”), ni de se positionner, sur l’échiquier politique, du côté de la droite “dure”.

Ah… concilier l’idéologie et nos faiblesses humaines…

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LES MOTS DU CAPITALISME (1- Patrick Kron, premier de la classe)

Je n’avais pas très envie de parler de M. Proglio et de son incroyable suffisance.
Je me ravise brièvement à la lumière des évolutions récentes. Car ce qui s’est passé devrait redonner du tonus à ceux qui désespèrent de l’efficacité de la mobilisation citoyenne. Je suis en effet persuadé que le recul opéré dans cette affaire (même s’il est partiel) s’apparente à celui ayant concerné Sarkozy Jean: ce n’est évidemment pas lié à un revirement moral des intéressés mais à une juste appréciation du rapport de force et des dégâts collatéraux potentiels.
J’ajoute que l’on aurait pu davantage insister sur un point: le double salaire de cet homme remarquable, s’il avait existé (le double salaire), pouvait être doublement considéré comme de l’argent public. Côté EDF parce que chaque abonné en aurait payé une part; côté Véolia parce que cette entreprise est largement présente, par délégation ou concession, dans des activités de service public (ex: la collecte des ordures ménagères dans bien des villes). Une preuve supplémentaire, en tout cas dans le modèle français, de l’imbrication privé / public qui devrait conduire à relativiser l’arrogance de certains héraults patronaux.

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Ceci précisé, parlons de M. Patrick Kron. Comment? Vous ne connaissez pas M. Kron? Ah bon…

Alors je vous éclaire: il s’agit du PDG d’Alstom, groupe industriel phare dans les secteurs du transport ferroviaire et de la production d’électricité.

Le magazine Challenges (n°192 - 10 décembre 2009), sous une couverture qui, à défaut d’originalité, en dit long sur un état d’esprit (”Vive la crise”), le classe en tête des “patrons performants de 2009″. C’est chouette, non?

Déjà, les critères de ce classement sont extrêmement intéressants et, d’ailleurs, peu nombreux:
- Le chiffre d’affaires (en milliards d’euros).
- La croissance (le CA sur 2006-2007-2008)
- La rentabilité économique (résultat d’exploitation / capitaux employés) ou financière (résultat net / capitaux propres).
- La performance boursière annualisée (évolution annuelle du cours de l’action entre début 2006 et fin 2008).

Pour faire bonne mesure, on y ajoute une rubrique intitulée “résilience”. Ah, la résilience… Quand on vous dit que le capitalisme est un humanisme… Bon, là il s’agit d’une part de l’évolution du chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de 2009 et de la performance boursière du 1er janvier au 20 novembre 2009… Mais quand même…

Première remarque: on observera l’absence totale de références à deux indicateurs qui concentrent pourtant largement l’attention des “vrais gens”, je veux parler de l’emploi et de l’environnement.
Prenons donc l’information pour ce qu’elle est: la confirmation officielle que dans l’esprit des milieux patronaux et de leurs zélateurs ces dimensions constituent au mieux des variables d’ajustement sous contrainte (je veux dire, si la législation ou les juges les obligent à les prendre en compte) et, en fait, des facteurs nuls dans la recherche de la performance.
Triomphe donc confirmé, pour utiliser des termes un peu “savants”, de la micro-économie sur la macro-économie.
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Ensuite, et pour confirmation,il faut lire M. Kron: une question lui est posée sur sa “ligne de conduite en 2009″. Voici sa réponse:
“En temps de crise, il faut être flexible et se fixer des priorités en dépensant de façon plus stricte mais sans toucher à des domaines essentiels, comme la recherche et le développement. Ces deux dernières années, nous recrutions 5 000 personnes nets par an, soit 10 000 recrutements annuels pour 5 000 départs en retraite. Cette année, au premier semestre, nos effectifs ont baissé car nous avons mis fin à des contrats temporaires et nous avons moins recruté: nous étions 81 500 personnes au 31 mars, et nous n’étions plus que 79 500 au 30 septembre.”
Si l’on se rapporte au tableau fournissant les éléments du classement, on voit qu’Alstom a connu une augmentation annuelle moyenne de son chiffre d’affaires, de 2006 à 2008, de 11,9% et, sur la même période, une rentabilité moyenne annuelle, telle que définie plus haut, de 16,9%.
Le rapprochement est imparable.

Enfin, M. Kron a un dauphin. L’heureux deuxième de la liste s’appelle Xavier Fontanet. Il s’agit du PDG d’Essilor. Un homme avisé, qui a préparé sa succession, et ici je ne résiste de nouveau pas au plaisir de citer le magazine:
“Dixit Fontanet: après la passation de pouvoir, “notre business model restera le même”. Un modèle dans lequel le premier fabricant de verres ophtalmiques du monde profite des périodes de crise pour prendre des arts de marché en rachetant des concurrents - 27 acquisitions rien qu’en 2008.”
Il est important de relire ces phrases tranquillement, à tête reposée, mot par mot. On croirait un manuel prêt à l’usage pour militants du NPA…
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On sera, j’imagine, tenté de hausser les épaules en me lisant sur le thème “mais enfin, d’où il sort, il s’étonne avec des choses que tout le monde sait parfaitement”…
Oui, oui… D’accord… On sait…
Il n’empêche.
Dans la quiétude d’entretiens avec des journalistes tout acquis à leur cause et pour un hebdo lu par leurs pairs, ses types s’expriment sans retenue, sans les précaution oratoires d’une Laurence Parisot (pourtant elle-même assez “décomplexée”, mais pas assez, semble-t-il, au goût de ceux qui lui reprochent la place accordée aux questions “sociétales”, ce qui est un gros mot dans ces milieux).

Je pense donc qu’il n’est pas inintéressant de savoir qu’après la mode (brève) dite de “moralisation” de l’économie (dans les déclarations officielles), le bon vieux discours du capitalisme financier triomphant s’étale sans vergogne dans les publications spécialisées. Histoire aussi de vérifier que ces clivages dont on nous explique combien ils sont dépassés et “font du mal à la France” existent bel et bien, exprimés, mis en mots, revendiqués en somme.

Ainsi, la prochaine fois que l’on me traite de sectaire, je disposerai de biscuits tout frais.

BURQA, NIQAB AND CO: CONTRIBUTION AU DEBAT

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Enfin un motif sérieux d’interdiction: une insupportable atteinte aux bonnes manières…

Comment ça je ne suis pas sérieux?

LE CHOIX DES AUDITEURS DE RMC: HAITI “STOP”, BRIGITTE LAHAIE “ENCORE”…

Un article de Francis Marmande dans “Le Monde” daté du 20 janvier 2010. Ecoutant une émission sur RMC consacrée à la catastrophe que l’on sait, il entend l’animateur donner lecture de mails d’auditeurs reçus en direct à la rédaction. En substance: “Assez avec Haïti”, “ça suffit”, “nous aussi nous avons nos problèmes”…

Bien entendu, ce sont des réactions qui suscitent spontanément l’indignation. Mais, à y regarder de plus près…

Il n’est pas rare que l’on s’étonne des difficultés à construire un ordre international (ou, tout simplement, européen) fondé sur autre chose que les rapports de force nationaux. Et chacun, alors, de vilipender pêle-mêle les multinationales, les gouvernants, les financiers, les bureaucraties, l’ONU et ses dépendances ou l’OMC. Le couplet fait recette. Un doute, cependant, m’assaille. Peut-être que, contrairement aux apparences, tout ceci relève en fait d’une logique parfaitement démocratique.
Les plus anciens se souviendront d’un slogan à la mode dans les années 50: “La Corrèze avant le Zambèze”. Le concept, qui dénonçait les courants dits “tiers-mondistes” prônant l’aide aux pays pauvres, était défendu notamment par un certain Raymond Cartier. Les choses ont-elles réellement changé? Je n’en suis pas certain (cf les propos des fidèles de RMC). Du coup, en coupant régulièrement les jarrets à toute tentative de véritable et durable solidarité internationale, les “puissants” ne feraient-ils pas, au fond, que suivre les murmures de la vox populi?

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Rien à voir? Si, si…

En complément, reconnaissons que l’attention portée aux nations ou aux contrées défavorisées connaît une véritable montée en puissance dans deux séries d’occasions: d’abord les coups d’Etat, génocides, attentats ou révolutions permettant aux opinions spectatrices, faute de véritables outils d’analyse, d’être confortées dans l’idée que “ces gens, décidément, font leur malheur tout seuls”; ensuite les cataclysmes déclenchant une vague d’émotion et de dons avant que l’on s’aperçoive, un ou deux ans après, la difficulté à tracer le circuit des fonds récoltés.

Et Brigitte Lahaie dans tout ça? Eh bien, la semaine dernière, je me suis trouvé, un début d’après-midi, passager d’un taxi dont la radio était branchée sur une émission de l’ex star porno diffusée par la station déjà citée plus haut. Durant la demi-heure du trajet j’ai ainsi pris connaissance de propos édifiants, toujours tenus par des auditeurs et auditrices, sur la masturbation et le priapisme. Arrivé à destination, j’ai noté qu’au poste de garde du lieu où je me rendais, les trois types présents suivait attentivement le même programme.

Vous voulez que je tire une morale de tout ceci? Certainement pas… A vous l’honneur…




SELECTION DES “ELITES”: LE FOND OU LA FORME ? (quels “chefs” voulons-nous?)

J’emploie toujours avec réticence ce mot “élite” dont on ne sait jamais s’il relève du constat ou de l’auto-proclamation. De plus, comment nommer celles et ceux qui ne relèvent pas de la catégorie?
En même temps, il serait vain de nier le fait, objectif, que toute société humaine un tant soit peu organisée voit émerger des “classes dirigeantes” pour utiliser une autre terminologie désignant le même phénomène.

Allons-y donc pour les “élites” françaises à propos desquelles, comme cela arrive régulièrement dans ce pays cherchant désespérément à concilier depuis si longtemps des penchants contradictoires pour la justice sociale rêvée et l’individualisme chronique, quelques autorités soulèvent la question de l’accès à ce label envié des catégories sociales dites “modestes”.

Une chose d’abord: quoi qu’on en dise, le système dans lequel nous vivons n’est pas si bloqué qu’on l’affirme souvent. Bien sûr, les phénomènes de “reproduction”, y compris héréditaire, tiennent encore une place majeure. Imagine-t-on un monde dans lequel chacun, à la naissance, verrait tous les compteurs remis à zéro pour concourir, à égalité de chances parfaite avec ses contemporains, dans la grande course aux pouvoirs? Enoncer l’idée, c’est aussitôt en percevoir le caractère utopique. Ceci posé, et même s’il est banal de dénoncer une panne de “l’ascenseur social” depuis, en gros, les années 80-90, convenons que les chances ne sont pas nulles de déjouer les handicaps de départ.
Je ne suis pas, pour autant, en train de plaider pour un statu quo absolu: il est évident que des marges de progression importantes existent.

Sauf que…

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La crème…

Je suis assez frappé de voir comment la discussion se focalise uniquement autour des chances d’accès aux grandes écoles ou aux filières prestigieuses, alors que l’occasion pourrait être saisie d’une réflexion plus fondamentale du genre: au-delà du processus de sélection, quelles sont valeurs et les modes de comportement véhiculés par les “usines à grand chef”? Pour le dire autrement: modifier les conditions pour monter dans le train, pourquoi pas, mais que se passe-t-il une fois que l’on est installé?

Un premier point, commun aux différents aspects, concerne les concours, ce nec plus ultra du dispositif “méritocratique”.
D’une manière générale, on se loue du caractère supposé démocratique et égalitaire de ce moyen de recrutement. D’accord. Mais je suis ravi d’avoir entendu Richard Descoings, Directeur de Sciences-Po Paris, expliquer qu’aujourd’hui ces concours, et, en amont, les classes préparatoires, ne sont conçus que pour une seule chose: la vérification de… l’aptitude à le passer, ce concours. En d’autres termes, le formalisme propre à ces épreuves l’a emporté sur une interrogation plus profonde qui tournerait autour des qualités requises pour, plus tard, exercer dans la “vraie vie” d’importantes responsabilités.

Il est éloquent de remarquer que le porte-parole de la Conférence des Grandes Ecoles se complaît dans les métaphores sportives. Il a, par exemple, expliqué que ce serait une erreur de recruter des Bourguignons en équipe de France de ski alors que, “naturellement”, les Savoyards sont plus aptes. Au-delà du conservatisme assez radical sournoisement véhiculé par de telles comparaisons, la référence trouve vite ses limites: en sport, la performance constitue le critère unique et, bien évidemment, le résultat s’intéresse peu (à condition de respecter les règles) aux moyens utilisés. Surtout, l’intéressé, comme par hasard, aura choisi (il évoque aussi l’athlétisme) des sports individuels de préférence à des sports d’équipe.

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Le gratin…

La seconde priorité, me semble-t-il, serait de se consacrer à un examen partagé des enseignements dispensés à celles et ceux ayant franchi les filtres. D’expérience, je serais tenté de penser que l’on “apprend” peu dans ces lieux d’incubation de la capacité à diriger. Je parle ici de connaissances précises. En revanche, on y est baigné dans une “ambiance” dont les couleurs, le parfum, la sonorité, l’habillage culturel ne doivent rien au hasard. Le véritable apprentissage y est celui des rapports sociaux et humains. Il n’est pas dispensé de manière théorique ou scolaire: il s’appuie sur la fréquentation des pairs, sur le frisson provoqué par la fréquentation rapprochée (fut-elle brève) des “grands anciens”, des modèles, de ceux qui, ayant suivi les mêmes chemins, sont aux commandes.
Dans ce contexte, la probabilité de se caler sur des références et des conceptions toujours répétées (même si l’évolution du vocabulaire, des techniques et des outils de communication peuvent donner l’illusion du changement) devient très forte. Et celles ou ceux qui sont arrivés là sans “cuillère d’argent dans la bouche” trouvent l’occasion d’un rattrapage accéléré. Ce phénomène constitue une raison supplémentaire de ne pas se contenter de réformer le recrutement. Le piège, en fait, se referme de toute manière après. Et si l’on a conservé sa part d’authenticité jusque là, il devient de plus en plus difficile de la sauver.

Au fond, les véritables enjeux me semblent de deux ordres:
- D’abord s’intéresser de façon beaucoup plus critique, tout au long du processus, au profil certes intellectuel, mais aussi humain et moral des “lauréats”. Ils dirigeront des équipes, influeront sur la vie de ceux les composant, engageront l’avenir de la collectivité. Tout ceci devrait être mis précocement en évidence et conduire à une mise en perspective des conséquences des actes de gestion, une perception des interactions sociales et humaines, bref à tout ce qui ne relève pas du culte de “l’objectif” en tant que tel mais initie à la complexité des choses.
- Travailler sur la capacité du collectif à générer des parcours n’empruntant pas le portail des Grandes Ecoles ou assimilées. On a beaucoup parlé, i y a près de quarante ans, de formation continue. Le concept demeure pertinent mais réducteur. Je songe davantage à la mise en place de “carrefours” qui, au long de la vie, permettraient de “récupérer” des femmes et des hommes aptes à prendre des responsabilités quand bien même ils n’auraient pas été détectés dès leur plus jeune âge.

Pour résumer ma (modeste) pensée: ce n’est pas la peine de s’échiner à prendre dans les filets de l’élite des “Petits Choses” si cela ne doit modifier en rien les modes de gouvernance.

LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EST-IL UN CITOYEN ORDINAIRE ? (La perception complexe de la “figure présidentielle”)

Le titre de cet article m’est inspiré par la décision récente de la Cour d’Appel de Versailles énonçant qu’on ne saurait “contester le pouvoir d’agir du président de la République comme citoyen ordinaire”.

Je ne vais pas me lancer dans la bataille juridique. En revanche, l’occasion est belle de se pencher sur la perception de la posture présidentielle au moins sous la Vème République.
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Félix Faure

J’observerai d’abord qu’au fond la question ne s’est jamais vraiment posée avec de Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Chirac. Ceux-là (même si Mittterrand eut un moment de faiblesse en laissant Yves Mourousi, lors d’une émission télévisée) lui poser des questions faussement familières) se sont coulés dans la fonction présidentielle sans vraiment aborder (en tout cas extérieurement) la question de savoir s’ils devaient changer quoi que ce soit à l’essentiel des caractéristiques et des comportements classiques de la charge.
Cela ne signifie pas qu’ils n’aient eu des stratégies de communication (notamment pour les deux derniers nommés). Mais elles portaient davantage sur les messages politiques que sur leur apparence ou leurs faits et gestes du quotidien. Au demeurant, qui aurait imaginé le Général ou l’ancien Premier secrétaire du PS faire du jogging ou du vélo? Et qui se serait étonné qu’ils n’en fassent point?
Question d’âge et de génération? Peut-être. En me risquant à une projection théorique, je pense que DSK ou Martine Aubry à l’Elysée ne devraient, sur ce point, pas trop s’écarter du mode traditionnel.

Souvenons-nous: une première rupture s’est toutefois produite avec Giscard.
La jeunesse du candidat, puis du Président, est devenue un argument politique. Les affiches de la campagne électorale ont mis en scène la femme et les enfants. Le portrait officiel était le premier en simple costume, sans le cordon de Grand Croix de la Légion d’Honneur. Et puis il y eut l’accordéon, les dîners chez des Français, le petit-déjeuner avec des éboueurs, la remontée des Champs-Elysées à pied le jour de l’investiture, les voeux télévisés en présence de Madame… Une évidente obsession à vouloir démontrer que le Président fendait l’armure, adoptait une manière de vivre dont la simplicité était censée le rapprocher du citoyen de base.
Son problème aura été qu’au fil du temps remontèrent à la surface trop d’informations, contradictoires avec la manière ainsi affichée, sur son exercice réel du pouvoir.
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Paul Doumer

S’agissant de l’actuel Président, ai-je besoin d’esquisser un long développement sur l’obsession de nouveau affichée de parler, courir, nager et rouler comme s’il était “l’homme de la rue”?

Alors? Existe-t-il aujourd’hui une attente particulière de l’opinion publique quant à la manière d’exercer la responsabilité présidentielle?
En gros, je n’en sais rien, mais je pense que ce problème n’en est pas un. Car le sujet est, en lui-même, fortement biaisé.

La relation entre le citoyen français et le Président est avant tout conditionnée par la vieille, persistante et croissante défiance envers toute forme de pouvoir.
Ce n’est certainement pas l’effet du hasard si les “personnalités préférées” de l’opinion sont, en général, des hommes et des femmes n’exerçant aucune responsabilité institutionnelle. Même l’Abbé Pierre en son temps, personnage influent, politique malin, lobbyiste averti et fondateur d’une structure humanitaire avec salariés et bilan était avant tout aimé pour sa dimension morale. Aurait-il eu le malheur d’entrer dans un gouvernement qu’aussitôt son étoile aurait, à coup sûr, pâli. En parallèle, Jacques Chirac, retraité tranquille, monte à des niveaux de popularité qu’il n’a jamais connus quand li fréquentait les salons et les palais officiels.

il y a, dans ce lien mal assuré, des éléments qui renvoient à la relation avec les parents, à l’insatisfaction chronique qu’elle engendre. Des deux côtés. Mélange complexe d’attirance, d’affection, de distance, de rejet. Rien sans eux, rien avec eux. Ils constituent une référence et un obstacle, un support et une entrave, tout ceci savamment entremêlé.

Dès lors, je crois que le combat mené par certains politiques pour faire comme s’ils n’étaient pas, d’abord, détenteurs d’un pouvoir et pour, dans la foulée, ignorer que ce pouvoir, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, quelles que soient les grimaces et les contorsions auxquelles ils se livrent, éloigne, différencie, expose aux critiques, à l’insatisfaction, voire au mépris, ce combat-là est perdu d’avance et, donc, ne devrait même pas être engagé.
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Paul Deschanels

Je n’ai pas besoin que le Président fasse semblant d’être autre que ce qu’il est. J’attends même de sa part qu’il (ou elle, un jour) assume sa solitude, son statut particulier, son autorité.
Je ne suis ni rassuré, ni séduit par la frivolité.
Je n’ai pas envie qu’il s’adresse à moi comme si nous étions au café du coin.
Je conçois qu’il éprouve la nécessité d’une parole et d’une présence rares parce que j’attends qu’il prenne le temps de la réflexion qui s’accompagne, en principe, du recul, de l’écoute, de la consultation.

N’ayant rien à gagner, sinon d’autres quolibets, de la familiarité et de la fausse proximité, surjouée, artificielle, autant se convaincre qu’elles ne constituent pas des objectifs.

Le peuple est mécontent, moqueur, toujours déçu, méprisant, injuste… Oui, évidemment.
Rien ne le fera fondamentalement changer dans sa quête contradictoire d’une figure aimable et puissante à la fois.

Il reste donc alors à gouverner.

“LAVER LES OMBRES” de JEANNE BENAMEUR: DANSER SA VIE

On m’a offert il y a quelques jours ce petit livre paru en 2008 chez “Actes sud”.

Un choc. Un joli choc. De la belle littérature ouverte sur les fortes émotions de la vie.

La est danseuse:
“Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
Alors elle danse. Il faut qu’elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d’intégrer l’espace. Seule la beauté du moment peut le sauver.
C’est sa façon de trouver place dans la vie.
Lea est chorégraphe par nécessité.”

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En quelques heures, la tempête va se déchaîner. Pas seulement dans la petite ville côtière qu’habite la mère de Lea. Dans le coeur de cette dernière aussi, confrontée au passé de celle qui lui a donné le jour, mais, dans le même temps, à la difficulté de sa relation avec Bruno, peintre immobile face à la toile quand elle ne croit qu’au mouvement. Belle métaphore des accommodements périlleux entre des êtres vivant sur des trajectoire différentes.

Un livre qui respire, qui bouge, qui tangue, qui se lit comme s’écoute une musique.