DE THIERRY HENRY A TONI MUSULIN, LES NOUVELLES INFORTUNES DE LA VERTU NATIONALE

Le problème avec la vertu c’est que, normalement, elle ne se découpe pas en tranches.

Fort de cet adage, je reviens sur cette fièvre vertueuse qui s’est emparée de la France depuis mercredi soir. Encore ce matin, l’affaire de “la main” fournissait l’axe du débat hebdomadaire, sur France-Info, entre deux journalistes tandis que s’annonçait un entretien avec Marie-George Buffet au cours duquel, promis, nous disait-on, on lui demanderait son avis sur le sujet.

Je n’aborderai pas ici le “fond” souhaitant seulement m’interroger sur les analyses possibles de cet emballement. Car, convoquant en masse politiques, sportifs, philosophes et chroniqueurs de tous poils, il y a bien mobilisation hors normes autour d’un événement a priori secondaire. Qui plus est, à propos d’un fait de jeu d’une extrême banalité.
Dès lors, il est permis de s’interroger au moins autant sur les conséquences que sur la cause.

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Authentique héros national

Je voudrais faire d’abord remarquer que cette soudaine rougeur aux joues (”cachez cette main que je ne saurais voir”) survient dans un pays où, sans remonter à la préhistoire:
- un type (Toni Musulin, c’est lui) qui pique deux millions d’euros (et semble avoir, précédemment, commis une petite escroquerie à l’assurance) est quasiment considéré comme un héros,
- Richard Virenque est commentateur sur la télé publique (sans commentaires, justement…),
- un autre type, soupçonné tout de même de meurtre (je sais, présomption d’innocence), se transforme en une sorte de Robin des Bois au point qu’une émission, toujours sur la télé publique, lui consacre trois bons quart d’heure d’antenne (”L’objet du scandale” de Guillaume Durand, il y a environ trois semaines) avec cette “amusante” remarque d’un patron de bistrot dans le village d’origine de M. Treiber (oui, c’est lui, l’autre type) sur le thème “on va sûrement pas donner des renseignements aux gendarmes qui nous emmerdent avec les contrôles routiers”,
- une émission de télé (chaîne privée cette fois) très regardée est basée sur la question de savoir si des “tentatrices professionnelles” (à mon avis, ça porte, dans l’esprit, un nom commençant par p… mais je n’ose pas l’écrire…) réussiront à briser des couples,
- des foules considérables mais “bien de chez nous” passent trois jours à siroter du pastis sur les pentes de nos montagnes pour voir passer Lance Armstrong et ses petits camarades dont une partie, chaque année, perd sa place au classement pour cause de dopage (on pourrait aussi dire “trafic de drogue”),
- plus de deux millions de spectateurs se déplacent à chaque fois pour voir deux films retraçant la vie et l’oeuvre du très respectable Mesrine,
- 7 000 personnes se précipitent un samedi matin à l’aube pour une distribution gratuite de billets de banque sans émouvoir grand monde (oui, je sais, j’insiste),
- il est jugé de bon ton, chaque fois qu’on le peut, de frauder le fisc,
- l’alcoolisme relève du patrimoine national,

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A dessein, je viens d’énumérer des faits qui, pris séparément, se situent quelque part entre le niveau du “crime” de l’attaquant du FC Barcelone et un peu au-dessus.

Et donc… pourquoi cette déferlante d’indignations après France-Eire?

Une première explication renvoie à la relation actuelle du public avec l’équipe de France de foot. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne sommes plus en 1998 (surtout quand on a oublié ce qui s’écrivait sur Aimé Jacquet et ses troupes avant la Coupe du Monde): entraîneur détesté, joueurs critiqués, tactique et style de jeu vilipendés. Je postule qu’en fait cette qualification déplaît à pas mal de gens parmi ceux qui “font l’opinion”. Ils avaient soigneusement préparé le terrain pour une défaite, la “liquidation” de Domenech et, dans la foulée, celle du président de la FFF; manque de pot, il y a prolongations. Cela dit, objectivement, le spectacle médiocre offert par les Bleus depuis deux ans à de rares exceptions près (le match aller à Dublin, par exemple) sert admirablement les desseins de ceux mentionnés à l’instant.

Deuxième point: Thierry Henry n’est pas Zidane… C’est un joueur de grand talent, respecté, très correct sur le terrain, mais ce n’est ni une icône, ni une idole. D’où, sans doute, la différence de traitement. Car souvenez-vous: il y a bien eu quelques voix discordantes, en 2006, pour dire que donner un coup de tête à un adversaire, ce n’est pas bien du tout. Rien de comparable cependant avec le cours d’instruction civique généralisée que l’on nous inflige ici. Et ce dérapage de “Zizou” (pas le seul puisque, par exemple, il fut suspendu au début de la Coupe 1998, pour s’être “essuyé les semelles” sur un joueur sud africain) a vite été oublié, y compris… par ses sponsors. De ce point de vue, Henry est un peu un “maillon faible”.

Et puis il y a “l’effet catharsis”. D’après Aristote, il s’agit d’une des fonctions de la tragédie (on parle ici du spectacle au théâtre), à savoir libérer les spectateurs de leurs passions en les exprimant symboliquement. Par ce biais, s’opère une purification des passions.
Chez les psychanalystes, on évoque un phénomène de libération à caractère émotionnel résultant de l’extériorisation d’affects refoulés dans le subconscient.
Au fond, tout le cirque autour de cette histoire, peut s’entendre comme un rituel de purification collective. On “immole” médiatiquement le coupable un peu comme, jadis, on brûlait les supposés sorciers. Nous nous refaisons à bon compte (ce n’est que du foot) une vertu intacte en tirant à boulets rouges sur celui qui nous renvoie une image négative de l’époque et de ses dérives. Notamment de celles devant lesquelles, au mieux, nous fermons tous les jours les yeux. Et puis, tranquillement, nous retournerons à nos petites affaires, nos compromis individuels ou collectifs, nos “petits arrangements”.

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Quel rapport? Cherchez…

J’exagère? Franchement, je ne crois pas.
Pas plus en tout cas ceux que j’entends évoquer, toujours sur le même sujet, la “réputation de la France”. Sans blague! Ceux-là feraient bien de s’interroger sur ce qui, aujourd’hui, forge la perception de notre cher et vieux pays à l’étranger. Ils auraient des surprises, surtout quand on pense au discours officiel affirmant que nous faisons des envieux partout.

Sinon, il y a quand même une bonne nouvelle: sans doute fatigué par son voyage “semi-privé” (marrant, comme concept) en Arabie saoudite (autre nation vertueuse), le Président de la République, présent au Stade de France, est complètement passé à côté du truc.
Quand on vous dit que, ces temps-ci, il a perdu… la main…




“RUE DES MALEFICES”: LE PARIS DES LEGENDES ET DES SORTILEGES

Ne cherchez pas ce livre sur la liste des meilleures ventes: la première version date de 1955 (”Enchantements sur Paris”), la seconde de 1966 et l’auteur est mort en 1974.

C’est une rencontre étonnante que cet ouvrage. Il y a foison de bouquins sur les légendes, les magies, les contes, les mystères de nos provinces. il est beaucoup plus rare, du moins à ma connaissance, de s’intéresser à ce même genre d’histoires telles qu’elles circulent (ou plutôt, ont circulé) dans les quartiers parisiens.

Centré sur le secteur “Mouffetard - Maubert” des années d’Occupation le livre de jacques Yonnet nous entraîne51qk309kgylsl500aa240.jpg à la rencontre de personnages étranges, haut en couleurs, dont on ne sait jamais très bien s’ils sortent de l’imaginaire collectif ou du réel. Sauf que certains d’entre eux ont leur photo ou leur portait dessiné par l’auteur.

Pas besoin d’être parisien pour apprécier de croiser Danse-Toujours, le Dormeur du Pont-au-Double, Zoltan le maître à se souvenir, le Vieux d’Après Minuit, Flora l’Hallucinée, M. Casquette ou Fanfan-sans-charre. Il suffit de se laisser porter par les brouillards montant de la Seine du côté de la rue de Bièvre, d’aimer l’insolite, le merveilleux, l’inexplicable, les âmes perdues. Goûter une écriture âpre et suggestive, populaire et travaillée, comme façonnée par un artisan d’antan du faubourg Saint-Antoine.

Et puis, ce n’est pas être en mauvaise compagnie que se placer dans le sillage de Queneau, Villon et Doisneau.

Et rêver…

NB: Editions Phebus - Collection “libretto”

A +0,3% DE CROISSANCE ECONOMIQUE, CHRISTINE LAGARDE S’ACCROCHE AU LUSTRE

La question était posée récemment de savoir si les Français étaient “bons” en économie. Il ne s’agissait pas de savoir s’ils mettaient de l’argent de côté, mais de leur compréhension des mécanismes économiques.

Je n’ai pas d’avis à propos d’une problématique aussi générale. J’ai un peu étudié l’économie, donc je m’y retrouve. En échange, je suis, par exemple, nul en physique, en biologie et pas au top en géographie. Donc j’ai tendance à penser que, sur des sujets complexes, forcément, une large majorité navigue un peu à vue.

Le souci, s’agissant du domaine économique, c’est qu’il comporte une forte interaction directe avec la politique. D’où l’importance donnée à ces dossiers: ils mettent en jeu une partie de la crédibilité des gouvernants. Et comme c’est une matière dans laquelle les chiffres circulent dans tous les sens, l’intox fonctionne à plein régime.

Bon. L’intox, ok. Après, personne n’est obligé non plus d’en rajouter.

Au troisième trimestre de 2009, la croissance française s’établit à +0,3%. Comme au second trimestre. Et voilà qu’emballée, ravie, radieuse, enthousiaste, bref, franchement euphorique, Christine Lagarde déclare: “On réédite le même exploit qu’au 2ème trimestre.”

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+0,3%? Ah… je suis “joyeux”…

Déjà, c’est qui, ce “on”? Mais, surtout, exploit, vraiment? Ils sont marrants, ces libéraux. La doctrine qui a leur préférence privilégie le libre choix du marché, soit l’addition d’une multitude de décisions individuelles. Voilà qui est à peu près clair. D’ailleurs, au fil des années, l’Etat s’est défait de nombre de ses prérogatives économiques. Du coup, c’est tout de même hallucinant de voir qu’à la moindre occasion, il y a quand même toujours un ministre pour récupérer les nouvelles censées être bonnes. Sinon, lorsqu’elles sont mauvaises, on n’y peut rien, c’est “une crise mondiale sans équivalent”. Et on ne peut pas dire que nous nous sentions “noyés” sous les analyses objectives et pédagogiques pouvant rééquilibrer le débat.

Sur le fond, il y aurait d’excellentes raisons de modérer l’excitation des commentateurs officiels. Un taux de croissance n’a en effet guère d’intérêt en tant que tel. Pas davantage que le cours quotidien du CAC 40. Sauf à adopter une attitude purement technocratique, la fameuse “croissance” ne possède de signification qu’en examinant ses conséquences sur des indicateurs reflétant la “vraie vie”. Ainsi convient-on, en général, que l’impact sur l’emploi n’est significatif qu’à partir d’environ 2% d’augmentation du PIB. Encore faudrait-il, peut-être, réviser la norme en fonction des évolutions structurelles (les délocalisations, la capacité de l’économie française à garder ou conquérir des marchés…).
Et quid des conséquences sur les finances publiques, sur l’environnement?

Je résume mon point de vue: comme la plupart des sujets vraiment importants, l’économie supposerait de dépasser le vernis de l’instantanéité et de fournir à la collectivité citoyenne les instruments de compréhension et, in fine, de contrôle politique.
Nous en sommes loin?
Raison supplémentaire pour le dire et nous investir dans le partage des connaissances.

SEGOLENE ROYAL, DE LA RENOVATION A LA CONFUSION

La vie de ceux qui se lassent du sarkozysme à tous les étages serait plus joyeuse si, du côté des alternatives possibles, on faisait preuve d’une vision réellement différente de la pratique politique.

Hélas…

Sous le double auspice du “pousse-toi de là que je m’y mette” et du “que feriez-vous sans moi”, Ségolène Royal emprunte de plus en plus au locataire de l’Elysée l’arrogance, la désinvolture et l’improvisation hasardeuse qui mènent à des gouvernances sans âme.

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Lady Macbeth… cousine lointaine…

Avant tout, ne pas verser dans l’excès. La présidente de la Région Poitou-Charentes ne se retrouve pas par hasard, et, pour l’instant, à peu près quoi qu’elle fasse, dans une position si favorable vis-à-vis de l’opinion. Il y a environ quatre ans, au moment où elle a émergé comme possible candidate du PS à l’élection présidentielle, sa capacité à incarner le renouveau n’était pas uniquement fondée sur le charme et la prestance. Elle eu, entre autres, le mérite de proposer à l’électorat de gauche une lecture différente d’un certain nombre de faits de société (la délinquance) ou de concepts (l’autorité, la nation). C’était un travail indispensable dans la perspective de faire émerger un positionnement des forces d’alternance prenant en compte certaines erreurs d’appréciation commises antérieurement. Et cela valait toujours mieux qu’un Jospin affirmant avec une étonnante maladresse sur un plateau de télé que son programme “n’était pas socialiste”.
D’autre part, et le lui a-t-on assez reproché, ces conceptions se combinaient à un mode d’expression plus en harmonie avec l’époque. Je suis le premier à affirmer que la communication ne doit pas vampiriser le message politique. Il serait cependant d’une naïveté condamnable d’imaginer une démarche politique crédible sans communication adaptée. A cette époque, via notamment l’utilisation d’Internet, Ségolène Royal avait un temps d’avance.

Que s’est-il passé depuis?
Il est de bon ton de rigoler à propos de supposées “bouffées délirantes”. Ou, pour ceux auxquels rechignent les analyses de fond, d’évoquer l’influence de son nouveau compagnon.
Je préfère postuler qu’elle a commis deux séries d’erreurs relevant de la pratique politique.

En premier lieu, une hésitation récurrente dans sa stratégie à l’égard du PS.
En gros, elle ne parvient pas à choisir entre une démarche “gaullienne” consistant à se situer en-dehors des appareils partisans (personne n’aurait imaginé de Gaulle se rendant à un congrès de l’UNR…) ou une option “mitterrandienne” consistant à se donner les moyens de mettre la main sur la formation pouvant servir ses ambitions présidentielles.
Certes, l’expérience démontre qu’il est presque impossible de remporter l’élection à la présidence sans contrôler la formation dominante (Giscard n’a pu le faire qu’au prix des rivalités internes chez les gaullistes mais l’a payé tout au long de son septennat et… en 1981). En revanche, s’imposer comme le ou la candidat(e) “naturel” peut se faire, au moins dans une première étape, de l’extérieur. Ségolène Royal l’a plus ou moins réussi en 2006, sauf que la violence de la campagne interne, donc son incapacité, en amont, à s’assurer quelques alliances, a plombé la suite des événements.
Depuis, on le voit bien, elle oscille en permanence entre les deux voies avec, en point d’orgue, ses atermoiements au congrès de Reims l’an passé.

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“Ségo”, je te vois…

L’évocation de la seconde erreur ouvre cet article.
Ségolène Royal constitue la parfaite illustration du fait que, dans l’expression “femme de pouvoir”, il y a d’abord “pouvoir”. En ce qui la concerne, pour le moins, l’exercice des responsabilités, ou la lutte politique, s’accompagnent d’un mépris constant pour celles et ceux ayant fait le choix de la rejoindre. Seuls les initiés le savent, mais la manière dont ont été traités les participants aux groupes de travail constitués, fin 2005 - début 2006, pour préparer sa candidature aux primaires socialistes et, en parallèle, construire sa crédibilité de présidentiable aurait dû donner l’alerte. En gros, tous ces gens se sont retrouvés ignorés, délaissés, mis “hors service” dès que Ségolène est devenue candidate officielle du parti. L’organisation de sa campagne ultérieure ne s’est jamais remise de ce coup de balai.
Par la suite, et récemment Dominique Besnehard comme Vincent Peillon l’ont bien mesuré, ces nettoyages par le vide se sont poursuivis régulièrement.
Cette manière de procéder en dit long sur le caractère réel de la dame si souriante et “fraternelle”. Mais, au-delà de toute considération humaine ou morale, c’est aussi une faute. Car imaginer se maintenir en situation de tenir le haut de l’affiche en semant tout au long de son chemin, les déceptions, les frustrations et les rancoeurs, ce n’est pas faire preuve d’une grande lucidité.

Il y a un bon côté à ce gâchis: après le dandy Valls (cf, ici, l’article du 13 septembre dernier), je vais rayer la charismatique Royal de mes tablettes personnelles pour 2012 et la suite.
Déjà ça de fait…




RENTABILIWEB, MAILORAMA ET AUTRES MINABLES (2): LES REACTIONS EN SERVICE MINIMUM

Je pointais hier la quasi-absence de déclarations autour des événements de samedi au Champs de Mars.

“Le Monde” de ce soir en rapporte trois. Par honnêteté intellectuelle, j’en rends donc compte:
- Brice Hortefeux ne se prononce pas sur le fond. Il “fera payer la facture” des dégâts à l’entreprise. Ok. Et il veut renforcer la législation (comme d’hab’) pour transformer la distribution d’argent liquide en “délit” avec six mois de prison (chouette) à la clé.
- Eric Woerth s’est déclaré “horrifié” (pas mal).
- Les Verts ont fait un communiqué pour condamner “l’utilisation marketing de la misère” et, ça plaira à Pangloss, estimer que les violences étaient “prévisibles” dans “une société qui souffre d’une répartition toujours plus inacceptable de ses richesses”.

Vous savez quoi? Je reste sur ma faim.

DISTRIBUTION DE BILLETS DE BANQUE ET EMEUTES: ALORS NOUS EN SOMMES LA? (”Mailorama” et la psycho-pathologie du néo-libéralisme)

L’information est tout de même de taille: 7 000 (sept mille!) personnes samedi près de la Tour Eiffel, dont certaines depuis six heures du matin, pour ramasser une des cinq mille enveloppes contenant entre 5 et 500 euros distribuées gratuitement par une société (belge!) voulant assurer la promotion d’un site Internet.

Donc nous en sommes là, dans la France de 2009…

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Maître à penser

Quelques abrutis décident de se faire un coup de pub en jouant de façon odieuse, méprisante, cynique, totalement amorale, sur l’un des ressorts les plus évidemment médiocres de l’être humain.
Des milliers de gens, dont je ne sais plus s’il faut en avoir honte ou s’ils font pitié, se précipitent et, pour quelques-uns d’entre eux, se retrouvant doublement avilis (d’être venus et d’avoir assisté à l’annulation de la distribution), jouent les casseurs du week end.

Bien sûr, on en a parlé. Mais, selon moi, pas à la hauteur de ce que cela signifie quant au délabrement moral et social au milieu duquel nous vivons désormais. Voilà une occasion de faire des “éditions spéciales”, de convoquer des experts, de réaliser des micro-trottoirs, de mener de savantes analyses.
CE N’EST PAS UN FAIT DIVERS; C’EST, HELAS, UN FAIT DE SOCIETE.

Or que voit-on?

Le Préfet de police, fidèle du Président, qui se prend les pieds dans le tapis et n’est même pas fichu d’interdire ce qui est illégal (car ça l’est).

Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement, qui en profite pour jouer la politicienne de troisième zone (ce qu’elle est) et s’en prendre… au maire de Paris…

On est surtout frappé par les absents:

Où est le ministre de l’intérieur, homme d’ordre et de principes?

lesfreresrapetoutdisneyfigurine2163505251.jpgacteurs économiques

Où sont nos grandes consciences nationales, Finkelkraut, Glücksmann, BHL?

Où sont les meneurs de l’opposition, Mélanchon, Besancenot, Aubry, Bayrou, Royal?

Où sont les défenseurs de la moralisation du capitalisme?

Qu’en pensent les “humanitaires” professionnels, Martin Hirsch, par exemple, ou Bernard Kouchner?

Et du côté des grands monothéismes ou, pourquoi pas, du Grand Orient?

Le Medef ou la Cgpme n’ont rien à dire? Au nom de la liberté d’entreprendre, peut-être?
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Transport d’identité nationale…

Tout cela passera vite à la trappe. Les troubles en banlieue ont le “mérite” de susciter des clivages plus clairs. Ici, il faudrait juste jeter un coup d’oeil dans le miroir qui nous est ainsi tendu.

Et, c’est sûr, ça fout la trouille.

DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE: SARKOZY VEND LA MECHE.

Même si, notamment ici, je réagis parfois au quart de tour, je suis plutôt de ceux qui aiment le temps laisser décanter les choses.

Prenons ce débat à propos de l’identité nationale. Aussitôt l’annonce faite par le talentueux et rigoureux Eric Besson, les exclamations ont fusé: pourquoi maintenant? Pourquoi en faire un débat? C’est de la récup’ politicienne! Mais non, c’est ceux qui veulent pas en parler qui sont d’infâmes traîtres à la patrie… Confusion.

Et puis, jeudi, le Président de la République s’est exprimé dans la Drôme. Alors, tout devient limpide.

Déjà un point certain: cette consultation n’est qu’une vaste mascarade. Pourquoi? Parce que, quelques jours seulement après son laborieux lancement et trois mois avant la synthèse annoncée, Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà donné sa vision des choses. Qui pourrait imaginer qu’en février 2010, fort d’hypothétiques analyses divergentes, il reprenne la parole pour proposer une autre conception? Personne, bien entendu.

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Saint Barthélémy - 1572

Pour le reste, “la révélation” m’est venue en prenant connaissance de ce morceau du discours présidentiel (exactitude au mot près non garantie, j’ai trouvé des versions légèrement différentes, mais l’essentiel y est): “On ne peut pas vouloir bénéficier de la Sécurité Sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire pour son pays; on ne peut pas vouloir bénéficier des allocations-chômage sans se sentir moralement obligé de tout faire pour retrouver du travail parce que les allocations sont payées par d’autres.”

Question? Que viennent faire ces histoires de Sécu et de chômage dans une réflexion sur l’identité nationale?
Réponse: elles s’adressent à l’inconscient collectif, en tout cas à une bonne partie de celui de l’électorat français.

Car évoquer ces sujets à propos de l’appartenance à la nation, c’est, tout simplement, suggérer d’en revenir à ce vieux thème des “immigrés qui viennent chez nous pour profiter des allocations familiales, du RMi et des allocations chômage”.
Alors, confirmation d’une manoeuvre électoraliste pour capter les voix du Front National?
Ma réponse est clairement “non”.

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Code noir” - 1685 puis 1724

Mon postulat est plutôt le suivant:
A TRAVERS LE DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE, ON ASSISTE MOINS A LA RECUPERATION DES ELECTEURS DE L’EXTREME-DROITE QU’A UNE NOUVELLE ETAPE DE LA CONSTRUCTION DOCTRINALE DE LA DROITE CONSERVATRICE DE CE DEBUT DU 21ème SIECLE.

En d’autres termes, il s’agit là davantage de stratégie que de tactique.

Plusieurs indices vont en ce sens.

D’abord, d’une certaine manière, l’UMP intègre déjà en son sein, ou à travers le “Comité de liaison de la majorité”, des représentants des franges extrêmes de la droite. Gérard Longuet, par exemple, depuis un bon moment, Philippe de Villiers et Frédéric Nihous plus récemment.

Par ailleurs, ce n’est pas d’aujourd’hui que les “dérapages” verbaux de la droite de gouvernement laissent apparaître une pensée marquée par des réflexes issus de ces familles idéologiques: que l’on se souvienne du “bruit et l’odeur” naguère fustigés par ce “brav’ président Chirac” avant qu’il ne le soit, président.

D’autres aspects du discours de “La Chapelle en Vercors” montrent bien l’affirmation de fondamentaux doctrinaires. Je pense ainsi à une phrase comme “il ne faut pas oublier ce que la morale laïque doit aux leçons de l’Eglise catholique” qui sonne, très ouvertement, comme l’idée d’une sorte de filiation (étrange), ou comme l’énoncé d’une “matrice” de laquelle tout découle.

Il y a aussi, dans le questionnaire destiné à servir de support au débat, ces références aux “paysages”, à “nos églises et nos cathédrales”, à notre “art culinaire” (on suppose que cela renvoie de préférence à la blanquette de veau et pas tellement au couscous… et je ne connais pas le sort réservé à la salade niçoise, vu l’annexion somme toute assez récente du Comté de Nice à la France…). Autant d’échos à une autre intervention présidentielle, il y a quelque jours dans le Jura, dans laquelle figurait ceci: “Le mot terre a une signification française et j’ai été élu pour défendre l’identité nationale”.

Ici réside la grande force du sarkozysme que l’on aurait tort de résumer aux gesticulations du Président: offrir au conservatisme français une panoplie complète et, comme ils disent, “décomplexée”, de ses valeurs, de ses références, voire, cela fait partie du jeu, de ses fantasmes. la pérennité du pouvoir est à ce prix. Les programmes électoraux sont ce qu’ils sont, partiels et éphémères. En revanche, que l’UMP et ceux qui la représentent, puissent être identifiées, consciemment ou non, comme les incarnations d’une certaine idée du monde, de la vie en société, du pays, cela offre une garantie dans la durée.

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Vel’ d’Hiv - 1942

On se gausse volontiers autour des résurgences pétainistes de ces conceptions. Certes. Mais c’est regarder les choses par le petit bout de la lorgnette. Incontestablement, le clan néo-conservateur propose de la France une vision figée, frileuse, datée, ramenée à quelques images d’Epinal. S’il n’en était pas ainsi, ce ne serait pas du conservatisme. Alors, oui, “le travail”, “la terre”, “la famille” (Sarkozy a expliqué combien il y tenait, la preuve, il a allégé les droits de succession…), tout ceci rappelle le vieux maréchal. Sauf que l’épisode Vichy permettait à un pays traumatisé, non d’analyser les causes réelles de ce qui s’était produit, mais de se réfugier sous l’édredon et, au lieu de s’interroger, de renvoyer les fautes sur des bouc-émissaires soigneusement choisis.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
La construction (ou reconstruction) patiente d’un corpus idéologique n’est pas, pour l’UMP, qu’une garantie électorale supplémentaire (après le redécoupage “artistique” des circonscriptions). Elle permet aussi de créer les conditions d’une meilleure acceptation des violences causées à la société par le néolibéralisme. Les remèdes des années 1940 trouvent aisément leurs prolongements en 2009.

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Métro Charonne - 1962

Evidemment, il y a un coût à payer.

L’insistance mise sur la “France éternelle” façon Charles Trénet (”Douce France”, comme chantait cette génération d’artistes s’accommodant à merveille des aléas historiques) ne peut pas rencontrer beaucoup d’échos du côté de celles et ceux pour lesquels elle ne constitue pas l’horizon de référence. Ces églises, vides de fidèles désormais, leur parlent moins que les “mosquées des caves” qui débordent. En d’autres termes, la définition conservatrice de l’identité nationale porte en germes des tensions et des éruptions inévitables lorsque l’on prononce le mot “intégration” alors que l’on pense “assimilation”. Ce n’est pas si grave tant que l’on dispose de la force publique et d’un équilibre démographique encore favorable. Et, au fond, en faisant tout pour marginaliser ceux qui n’ont pas pour horizon unique les châteaux de la Loire et “Les Misérables” (tiens, au fait, et la “Princesse de Clèves”, qu’est-ce qu’on en fait?), on désigne par avance les coupables de débordements “communautaristes”.
Jolie manoeuvre, vraiment.

De l’autre côté de l’échiquier politique, quel chemin à parcourir! “L’opposition décomplexée” demeure à inventer.
Il faut dire qu’il est plus difficile de construire un socle idéologique dans le camp du mouvement. Peut-être devrait-on, au moins, s’accorder sur les critères d’une dynamique avant de s’empoigner sur les questions de personnes?
Mais c’est une autre histoire…

NB: En illustration de cet article, quelques épisodes de l’Histoire de France que, personnellement, je n’assume pas tels quels. Ai-je un problème d’identité nationale?




AVANT “EIRE-FRANCE” DE FOOTBALL, LA BONNE VIEILLE STRATEGIE DU BOUC-EMISSAIRE (Le sport de haut niveau et les figures du pouvoir)

Dans quelques heures, la première de deux rencontres décisives pour la qualification de l’équipe de France de football pour la prochaine Coupe du Monde (2010 en Afrique du Sud pour les plus hermétiques aux choses du ballon rond).

Jeudi matin, en “une” de “L’Equipe”, le quotidien sportif, ce titre: “Leur chance, c’est lui!”. A l’appui, un montage photographique avec, en arrière-plan quelques joueurs irlandais et, au premier plan, le sélectionneur français Raymond Domenech. Message limpide: pour le onze tricolore, son coach constitue un handicap majeur.

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Editorial objectif de “L’Equipe”

Quand on suit un peu les choses du foot, tout ce que l’on peut dire c’est que l’effacement du chauvinisme traditionnel en de telles circonstances derrière la détestation d’un homme en dit plus qu’un long discours sur les aspects périphériques (à moins qu’ils ne soient centraux) des deux matches à venir. Ce n’est pas une salutaire mise à distance mais le paroxysme de luttes de pouvoir à fort parfum de fric.

Les lacunes de Domenech dans sa fonction actuelle ne sont pas contestables. J’épargne au non-initiés leur énumération. D’un autre côté, il est, après Aimé Jacquet (lui-même objet de vigoureuses campagnes de presse avant le sacre de 1998), le seul sélectionneur à avoir accompagné l’équipe de France en finale d’une Coupe du Monde (2006). Cela n’excuse pas tout, mais ce n’est pas rien non plus.

Le foot est un sport collectif. Je suis toujours surpris de voir la facilité avec laquelle la tentation de ramener certaines victoires comme certaines défaites au mérite ou à la défaillance d’un seul refait régulièrement surface.

Premier point commun avec la politique, donc: le mythe à deux faces homme providentiel / bouc émissaire.

Mais le choix de l’Equipe renvoie à d’autres comportements bien connus du côté des sphères du pouvoir, dans l’entreprise, au gouvernement, dans les partis, à peu près partout en fait. Je pense tout particulièrement à la tentation, c’est le cas de le dire, de marquer contre son camp pour éliminer un rival. Accepter de perdre pourvu que cela écarte définitivement un concurrent, un gêneur.

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Mécène désintéressé

Par ailleurs, comme dans les coulisses d’autres “théâtres”, derrière les gaillards en maillot bleu, les enjeux sont énormes:
- L’audience pour les télés.
- Les retombées pour les sponsors.
- Les stratégies des entourages de joueurs.
- L’ego des commentateurs, journalistes, consultants de toutes espèces.
- Le contrôle des instances dirigeantes (Fédération Française de Football notamment), instruments de notoriété mais aussi pompes à finances.
Et je n’aurai garde d’oublier les ambitions plus ou moins déclarées de ceux qui se verraient bien à la place du Raymond, les chamailleries claniques (cf les “anciens de 98″) ou l’action en sous-main des grands clubs professionnels.
Bien entendu, tous ces éléments interagissent et suscitent des alliances aussi complexes que provisoires.

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Collègue bienveillant de Domenech

Si l’équipe de France est éliminée, je vous invite à contempler la curée et ses acteurs. Si elle se qualifie, il sera amusant d’assister aux concours de digestion de chapeaux… en attendant l’épisode suivant.

Et voyez comme je suis peu fiable: j’ai beau savoir tout ça, qui ne me réjouit pas, je serai tout à l’heure devant mon écran comme un gamin anxieux.
Légèrement maso, peut-être…

ERIC RAOULT VS MARIE NDIAYE ET L’ETONNANTE DISCRETION DE FREDERIC MITTERRAND

Presque en même temps que le Beaujolais nouveau, Eric Raoult est de retour. Non, ceci ne constitue pas un sous-entendu malveillant à propos d’une quelconque addiction de l’ancien ministre. Juste un constat: l’harmonie évidente entre sa vision du monde et la philosophie de comptoir.

Ainsi donc, contrairement à ce que l’on croit, le Goncourt ne serait pas un prix littéraire, mais plutôt, comme à la “communale” de mon enfance, un truc proche du “prix d’instruction civique”, décerné en fin d’année au meilleur élève dans la matière. Ou alors un diplôme donnant droit d’accès à la fonction publique. Pourquoi? Parce que le “devoir de réserve” mentionné par le député de Seine Saint-Denis ressemble à s’y méprendre au “devoir de réserve” figurant dans le statut de la fonction publique. Par conséquent, au moment où l’on supprime des postes de fonctionnaires, on en crée du côté de “chez Drouant”? Amusant, non?

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Ecrivain indigne…

La sortie de Raoult (il faut croire que Frédéric Lefevre a pris des vacances mais, heureusement, l’intérim est assuré) peut susciter trois réflexions:

- Une partie de la droite française devrait se réjouir: Marie Ndiaye a appliqué à la lettre le fameux slogan “la France, tu l’aimes ou tu la quittes”. Bien sûr, son erreur est d’avoir expliqué pourquoi elle est partie. Il conviendra alors, en bonne logique, de rajouter une mention à la formule: “…tu la quittes… en silence.”

- Il existe une tentation présente chez bien des responsables politiques de gauche (quand elle est au pouvoir) comme de droite, celle de confondre dans un même vaste mouvement la France, l’Etat et le gouvernement en place (voire, de nos jours, la personne du Président). Quiconque réfléchit deux secondes voudra bien admettre que, notamment dans une démocratie, ces concepts recouvrent des réalités fort différentes. Dans le cas qui m’intéresse, et en référence avec une approche développée ici récemment, il n’est pas anodin de retrouver un lointain écho de propos de Georges Pompidou. Celui-ci considérait que “l’ORTF est la voix de la France”; ses lointains disciples font de même avec le Goncourt. Absolue cohérence d’une pensée politique.

newsmlmmd48154ffef9305f2a50a54aec8d51996f210portraitdefredericmitterrandprislorsdelenrb.jpgEcrivain digne mais…
ministre paumé.

Dans quelle épaisse semoule patauge donc l’actuel titulaire du poste de Ministre de la Culture? On l’a connu très allant pour défendre Roman Polanski. Il s’est dépensé sans compter pour justifier ses écrits passés. Maintenant, il considère que le débat lancé par Raoult ne le concerne pas vraiment. Ah bon? Se prononcer sur la qualité de la justice américaine serait dans ses attributions alors que la question de la liberté de parole de la lauréate du Goncourt pas du tout? C’est un peu étrange, vous ne trouvez pas?
Je pense surtout que Frédéric Mitterrand n’est pas à sa place rue de Valois.
Les préférences sexuelles de l’intéressé me laissent indifférent. Comme lecteur, je peux éventuellement découvrir et apprécier la mise en forme littéraires des tourments moraux éprouvés d’avoir eu recours à la prostitution dans un pays où, on le sait hélas, ce commerce des corps constitue une condition de survie pour les plus pauvres, garçons ou filles.
En revanche, je ne suis pas à l’aise avec l’idée qu’un ministre de la République (oui, M. Raoult, un ministre a, lui aussi, quelques obligations) ait mis sur la place publique, même au prétexte du remords (mais en quels termes sans pudeur aucune!) ce genre de dérives.

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Maître d’éthique républicaine

Au risque de donner une image un peu ringarde, je pense que n’importe qui ne peut devenir ministre. Accéder à ce genre de fonction doit, entre autres, s’inscrire dans une forme de logique, de continuité, de regard distancié sur la société et les êtres la composant. Il s’agit, certes, en principe, d’une mission temporaire, mais elle engage le passé et l’avenir de celui ou celle l’exerçant.
Frédéric Mitterrand, à l’évidence, (comme ceux qui l’ont nommé) ne sait pas réellement où il se situe. Il réclame l’indulgence pour le ministre au nom de la liberté du créateur: cela s’appelle la confusion des genres, et c’est cela sa faute.
En plus, douché, voici que maintenant il devient muet au moment où l’on souhaiterait qu’il s’exprime.
Qu’il revienne donc à l’écriture. Peut-être, alors, ce retour aux sources le mènera-t-il au Goncourt et la boucle sera bouclée?

SERGIO LEONE, CINEASTE POLITIQUE ET HUMANISTE

Je m’offre un petit break dans le commentaire de l’actualité.

J’ai revu récemment “Il était une fois la révolution”, de Sergio Leone. Dernière vison sur grand écran à la sortie, en 1971.

Le film a été restauré, nous dit-on. Heureusement, parce que les couleurs en sont encore bien “délavées” et le son manque de relief. Petite réflexion à avoir sur la conservation de ce patrimoine là: le problème est techniquement résolu pour le bâtiment, la peinture et le livre, il l’est beaucoup moins pour les supports analogiques, voire numériques. Comme quoi…

Sergio Leone est surtout considéré comme le “père” du “western spaghetti”, genre cinématographique en général jugé mineur. C’est oublier qu’il fit ses premières oeuvres dans le péplum (”Les derniers jours de Pompei”, “Le colosse de Rhodes”) ou nous offrit, avec “Il était une fois en Amérique”, une vision onirique, lyrique et désenchantée du mythe du gangster américain.

“Il était une fois la Révolution” n’est pas non plus un western. Les ingrédients du film d’aventure sont là, c’est vrai. Mais j’en retiens surtout une déclinaison autour des thèmes de l’engagement politique, de la vengeance, de la responsabilité individuelle. Le tout baigne, en fait, dans une atmosphère assez irréelle, à l’image du rôle interprété par James Coburn, apparaissant soudain comme il disparaît, à la fin, dans la fumée des explosions: Sean (Coburn) à bien y regarder, serait moins un spécialiste des explosifs qu’une sorte d’ange réorientant le destin de Juan (Rod Steiger), bandit de grand chemin, en le confrontant à la souffrance, la vraie, celle de l’âme, et en l’amenant à échanger les dollars contre la libération de prisonniers politiques détenus… dans une banque. Un itinéraire qu’au fond son personnage, ancien militant de l’IRA, parcourut à l’envers…

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Il ne faut pas sous-estimer le moraliste chez Leone, quand bien même il lorgne du côté des sceptiques. Pensons, par exemple, à la séquence, dans “Le Bon, la Brute et le Truand”, de la bataille entre soldats du Nord et du Sud qui rappelle les massacres absurdes de la Première Guerre mondiale. Eastwood (”Le Bon”) se détournera un temps de ses appétits pécuniaires pour faire sauter le pont, objet de l’affrontement, et, ainsi, soulager les tourments d’un officier nordiste en train d’agoniser. Ou, dans “Et pour quelques dollars de plus…”, le geste du chasseur de primes (Eastwood, encore) s’effaçant devant son collègue et concurrent (Lee Van Cleef” alias “Mortimer”), engagé dans une vengeance intime.

Revoir “Il était une fois la révolution”, c’est profiter d’un chef d’oeuvre en péril.

C’est aussi en revenir avec plaisir à cette évidence: les grands cinéastes, comme les grands artistes en général, sont ceux donnant quelque chose à voir et à penser juste derrière les mots, les images, les musiques…
Le plaisir des sens, oui, mais étroitement mêlés à ceux de l’esprit.